
Le Kyjelïa est né il y a très longtemps (à mon échelle) puisque j’avais 14 ans lorsque j’ai inventé ses premiers mots. Avec ma meilleure amie de l’époque, nous avons ensuite constitué une grammaire basique ainsi qu’un petit lexique que nous enrichissions à chaque échange épistolaire, en soumettant les nouvelles propositions à l’acceptation du binôme.
La langue ne portait pas le même nom à l’époque, elle s’appelait le Brési : nous avions décidé d’inventer la langue des habitants de la planète Bré, car nous étions fans des livres de Gilles Servat (cf La Naissance d’Arcturus). Nous avons pas mal puisé dans les noms et prénoms bretons pour créer les premières dizaines de mots. Lorsque mon amie est partie faire Math Sup, le Brési est progressivement sorti de sa vie et elle, de la mienne.
Mais cette langue a continué à m’habiter et a rapidement commencé à se modifier. En commençant par un changement d’appellation, de Brési elle est devenue Kyjelïa (« Kyjel » = la parole). De cette première période, il ne reste qu’un substrat, les modifications ont été telles qu’en dehors des échanges de lettres et d’un micro-dictionnaire, il n’en reste aucune trace écrite.
La première mouture du Kyjelïa, en revanche, a donné quelques chansons et textes aujourd’hui classés sous l’étiquette « Kyjelïa ancien » !
Le kyjelïa moderne est apparu autour de 2006, avec les nécessités de la tenue d’un journal de bord que je m’efforçait de traduire dans ma langue pour la rendre plus « vivante », puis en 2007, avec le cadeau formidable que m’a fait un ami graphiste (Arnaud Gautron) en créant la police de caractère numérique de mon alphabet. Voici à quoi cela ressemble :
egzApl de tekst ékri A kyjelI :sesi e un apersu de l alfabe de ma lAg, le kyjelI. j e invAté set lAg lorsk j ave katorz A, kA kelkun fe sela, sa lui pas kelkez ané plu tar me Sé mwa, sa ne s e jame areté !
À l’époque, je ne possédais pas encore d’ordinateur et je ne mesurais pas la portée de ce cadeau, je trouvais que c’était « amusant ». Depuis (en particulier depuis 2009 et l’achat de mon premier ordinateur), je me suis rendu compte de l’importance considérable que cela a eu dans l’évolution de la langue. Par exemple, avant 2010, je n’avais qu’un dictionnaire papier, réalisé au long des années en utilisant mon alphabet de la même façon que l’alphabet latin : chaque lettre du Kyjelïa correspondant à une lettre du Français, et avec le même système de combinaisons de lettres différentes pouvant donner un même son (ex : k-c-qu).
En passant au numérique, je me suis aperçue que j’avais tout un lot d’homophones, dus à cette pratique, et que pour une langue que j’étais moi-même incapable de connaître entièrement ou de parler (avec qui ?), c’était plutôt compliquer à gérer !
Entre temps j’avais fait la découverte de la langue Ukrainienne et de son alphabet cyrillique (une révélation : aucune erreur de prononciation possible ! Merveilleux !), j’ai donc effectuer un grand virage en réattribuant chaque signe de mon alphabet à un son pour en faire une écriture phonétique et j’ai modifié dans la foulée tous mes homophones.
Depuis, mon dictionnaire est donc devenu numérique, il comporte aujourd’hui près de 4000 mots, la grammaire s’est enrichie quelque peu et un vocabulaire « oral » a pointé son nez, avec la création de petits sketches de mise en situation qui me permettent de donner au Kyjelïa la dimension familière qui lui manquait en tant que langue exclusivement écrite.
C’est une langue que je trouve belle et agréable à prononcer, dans laquelle j’aime écrire des chansons, des prières, je m’en suis également servie en tant que langue des fées pour une très jolie collaboration avec une école. Le grand avantage des langues construites, selon moi, est qu’elles sont vierges de toute connotation et que grâce à cela, elles sont un meilleur véhicule de l’intention. Mais l’utilité principale du Kyjelïa à mes yeux reste celle-ci : contribuer à l’harmonie de mon univers intérieur par sa beauté, son originalité et son mystère.
Photo infra rouge en zone non fermée – Pascal
